Pathologie de la culture

Francis Parker Yockey

Les quatre formes de la vie -- plante, animal, homme, Haute Culture -- exhibent les régularités organiques de la naissance, de la croissance, de la maturité, de la réalisation, de la mort. Chaque forme contient en elle l'essence des formes moins élaborées, moins articulées, et la nouvelle âme est une superstructure, pour ainsi dire, sur la fondation générale. Ainsi la plante exhibe une relation étroite avec les rythmes cosmiques, l'animal a une distribution géographique dans un certain paysage, grand ou petit, et montre aussi une rapidité d'instinct venant de ses relations étroites avec les rythmes cosmiques. L'homme a l'attachement au sol, à la fois spirituellement et matériellement, possède des instincts de bête de proie, et montre dans son rythme de sommeil et d'éveil la suprématie alternante régulière de l'élément végétal en lui. Une Haute Culture est semblable à une plante par son attachement à son sol originel, qui dure depuis son commencement jusqu'à sa dernière période; semblable à un animal par le fait qu'elle dévore impitoyablement les autres formes de vie; semblable à l'homme par sa spiritualité, et originale par son pouvoir de transformer la vie humaine, par sa grande durée de vie, et par la vigueur de son destin.

A tout ce qui est vivant appartiennent la maladie aussi bien que la santé. Dans sa classification des sciences, Bacon fit une place à la science des déviations, et après lui D'Alembert, dans sa classification pour l'Encyclopédie intitulée «Prodiges, ou déviations d'avec le cours habituel de la Nature». La vie est régulière dans ses phénomènes, et lorsqu'elle dévie, elle est régulière dans ses déviations. La maladie de toute sorte, exopathique ou autopathique, relève de la Pathologie. Les plantes ont leur pathologie, tout comme les animaux et l'homme. Les Hautes Cultures ont aussi leur pathologie, ce qui est seulement en train d'être compris pour la première fois par la Nouvelle Epoque, avec son il incorruptible pour les faits, et sa liberté par rapport aux préjugés du Matérialisme. La pathologie suit l'organisme, et ainsi les plantes ne peuvent pas souffrir de troubles du foie, ni les chiens de psychose. Mais le processus fonctionne en haut, de même que les plans de la vie sont stratifiés, l'un au-dessus de l'autre, à mesure que la vie s'accroît en complexité. Ainsi le parasitisme, une forme de pathologie des plantes, existe aussi pour toutes les formes de vie supérieures. La croissance d'une plante peut être entravée par des conditions défavorables, tout comme le développement d'un animal peut être retardé par une interférence extérieure. Les organismes humains plus faibles peuvent être spirituellement retardés et rendus stupides à cause de la domination complète de leurs âmes par des humains à la volonté plus forte.

La pathologie humaine est une science du devenir, pas une science du devenu, comme la physique. Elle ne peut jamais réussir dans son programme d'organisation du champ des déviations de la vie, car la Vie défie toutes les classifications. Les composants invisibles dominent le visible. L'âme, la volonté, l'intellect, les émotions, sont tous mystérieux dans leurs effets, et ne peuvent pas être traités de la manière systématique appropriée pour les données de la physique ou de la géologie.

La pathologie des Hautes Cultures était naturellement un espace vierge pour une méthode scientifique qui affirmait comme un dogme de base que la Vie était une mécanique, que l'homme n'avait pas d'âme, et qu'il devait exister une formule chimique pour la conscience. Pour cette vision qui niait Dieu et l'Ame, la Haute Culture était un nom abstrait pour les efforts collectifs des hommes individuels. Une nation était une collection d'individus avec des relations seulement mécaniques, l'économie et le «bonheur» étaient le contenu entier de la Vie, tout ce qui donnait un contenu ou un sens spirituels à la Vie était l'ennemi principal. Cette vision ne pouvait simplement pas comprendre la Vie. Elle produisait une psychologie à peine assez complexe même pour les animaux, et l'appelait psychologie humaine. Elle plaçait l'intelligence stérile au centre du monde intérieur, et niait la nature mystique de la créativité humaine.

Ce point de vue était lui-même le produit d'un certain Age, l'Age du Rationalisme, et avec la disparition de ce préjugé, nous nous trouvons devant un monde complètement nouveau de relations de l'âme, dont l'entrée était interdite pendant les deux derniers siècles. Nous sommes libérés de la grisaille oppressive du Matérialisme, libres d'avancer à nouveau dans le royaume multicolore et infiniment varié de l'Ame. Dans sa phase finale, l'Age du Rationalisme retourna son arme contre lui-même: avec son refus de reconnaître les phénomènes psychiques prouvés par ses propres méthodes, il montra sa propre nature de Religion, d'irrationalité, et entra dans le musée des temples, des légendes et des souvenirs.

Le Matérialisme approcha la Vie par son coté inférieur. En réalité, l'Ame utilise le matériel comme le véhicule de son expression. Le Matérialisme, voyant seulement les résultats, et non le Destin invisible qui en a été la cause, disait que les résultats étaient l'essentiel, l'Ame une nullité. Ne parvenant pas à saisir la Nécessité invisible qui gouverne l'organique et sa relation avec le Cosmos, il parvint à la conclusion que parmi une centaine de directions différentes la Vie était un accident. Sans énumérer ces intéressantes raisons, prenons par exemple la présence de la poussière dans l'air. Les penseurs de laboratoire découvrirent que si la poussière n'était pas présente dans l'air, toute Vie serait impossible. Il ne leur vint jamais à l'esprit que la Vie et tous les autres phénomènes étaient reliés par une nécessité mystique. En traitant tout séparément, par des analyses toujours plus fines de choses toujours plus petites, ils perdirent tout lien avec la Réalité, et étaient surpris lorsque des liens apparaissaient entre les choses. Ce ne pouvait être qu'un accident, disaient ces grands penseurs.

II

Les conditions de la Vie sont un point de départ pour nous. Pas les conditions de toute la Vie, mais seulement cette forme particulière de Vie appelée Haute Culture.

Chaque variété de forme de vie a ses propres conditions idéales. Certaines plantes ont besoin de beaucoup d'eau, d'autres de peu. Certaines croissent dans l'eau salée, d'autres ont besoin d'eau fraîche. Les animaux ont un habitat, chaque espèce a sa ou ses propres aires qui fournissent les conditions de sa santé et de sa survie. Les êtres humains pris comme un tout ont certaines aires, et divers types d'êtres humains ont leurs paysages respectifs qui subviennent à leurs besoins vitaux.

Correspondant aux conditions de vie idéales des diverses formes de vie, chaque forme de vie et chaque organisme possède un pouvoir d'adaptation. Une plante peut continuer à vivre -- à un potentiel inférieur -- si elle reçoit moins que la quantité idéale d'eau. Mais il y a un point avec une quantité d'eau minimale, et si elle en reçoit moins, la vie cesse entièrement. C'est la limite d'adaptation. Les animaux comme les hommes ont une capacité et une limite d'adaptation. Les hommes peuvent vivre dans l'air dense des vallées et dans l'air raréfié des hautes montagnes. Le corps humain s'adapte aux conditions de la montagne en accroissant la taille des bronches et la surface des poumons. Mais cette capacité d'adaptation n'est pas infinie, et quand une certaine rareté d'air est atteinte les hommes ne peuvent pas d'adapter à cause des limites inhérentes à la forme de vie humaine.

Le traitement de ce sujet dans cet ouvrage n'est pas destiné à être plus qu'une présentation minimum des fondamentaux nécessaires pour comprendre la nature du phénomène de la Culture en général, comme une base pour l'action. C'est de la politique, pas de la philosophie de l'histoire, pas encore de la philosophie naturelle des organismes. Tout le sujet de la pathologie de la Culture est comparativement nouveau. Ce qui sera en 2100 une discipline achevée est aujourd'hui seulement une esquisse, et c'est même moins qu'une esquisse. Mais la politique ne peut pas être séparée de la Culture, et tout effort qui éclaire le chemin futur nécessaire de la politique occidentale en ce moment critique est justifié culturellement et historiquement.

Une Haute Culture est différente des autres organismes en ce qu'elle réalise ses manifestations matérielles à travers des organismes inférieurs, c'est-à-dire à travers l'homme de Culture. Son corps est un immense agrégat de nombreux millions de corps humains dans un certain paysage. La question de savoir si le symbole principal de la Culture est spirituellement adapté au paysage particulier est en-dehors de notre compétence.

Il apparaît que la question de l'adaptation physique n'existe pas pour une Culture. Sa seule adaptation est spirituelle. Elle ne peut pas non plus avoir une maladie physique comme en ont les hommes. La maladie pour une Culture peut seulement être un phénomène spirituel.

La vie elle-même est un mystère, c'est-à-dire quelque chose qui n'est pas pleinement compréhensible. Peut-être est-ce seulement parce que la faculté de compréhension est seulement une manifestation d'un seul type de Vie, en d'autres mots la partie d'une partie, et est donc inadaptée pour assimiler le Tout. Toute manifestation de la Vie est un mystère, incluant la maladie. Certains hommes, lorsqu'ils sont mis en contact avec certains micro-organismes, développent une maladie précise. D'autres hommes ne réagissent pas du tout à ces micro-organismes. Le sérum qui peut être bénéfique pour un homme peut en tuer un autre. Il est possible de discuter de ces phénomènes de maladie en termes d'adaptation et d'incapacité à s'adapter. La raison ultime pour laquelle une espèce ou un individu trouvera ses limites d'adaptation précisément ici et non à un point plus éloigné, restera toujours inconnue.

Et de même pour les Cultures. Tout comme la raison pour laquelle l'âme d'une Culture conserve sa pureté et son individualité est cachée. Cependant intérieurement elle suit son propre cours de vie, et ne peut pas suivre le cours de vie qu'un sentiment de vie étranger, tirant sa motivation de sources extra-Culturelles, pourrait souhaiter lui faire suivre.

De même la raison pour laquelle le Destin contraint un organisme à réaliser ses possibilités, oblige à une transition continuelle d'une phase à la suivante, est aussi un mystère. Pourtant il le fait. Le 19ème siècle matérialiste, ayant complètement perdu le contact avec le monde réel de l'esprit à cause de son obsession pour le monde sub-réel du matériel, ressentit en conséquence une terreur indicible devant la mort, et la médecine rationaliste annonça son intention de supprimer la Mort. Ce genre de choses reflète le courage intellectuel des rationalistes, mais montre que leur intelligence sans racines est synonyme de stupidité. Nous ne pouvons pas supprimer le Destin, puisque même nos protestations contre lui représentent une phase de développement.

Le sujet entier de la pathologie de la Culture est trop vaste pour être traité ici, et il sera le sujet de nombreux volumes dans les siècles à venir. Tout ce qui est nécessaire pour la vision de l'action du 20ème siècle est de comprendre trois phénomènes à l'intérieur de ce champ plus large de la pathologie de la Culture, à savoir le parasitisme de la Culture, le retardement de la Culture, et la déformation de la Culture. Ces trois maladies de la Culture existent toutes dans l'Occident du milieu du 20ème siècle, et ont existé depuis un certain temps. C'est seulement cette condition malade de la Civilisation Occidentale qui rend possible la grotesque situation mondiale actuelle. Actuelle se réfère aux deux premières Guerres Mondiales et à leurs suites hideuses. Le sol natal de la Civilisation Occidentale est le site des plus forts cerveaux et caractères, de la plus intense force morale, de la plus haute créativité technique, du seul haut Destin positif dans le monde, mais pourtant en dépit du fait que tout cela représente la plus grande concentration de puissance du monde, la Civilisation Occidentale est aujourd'hui un simple objet de la politique mondiale. Elle est un butin pour les puissances des maraudeurs de l'extérieur. Cette situation n'a pas été amenée par des moyens militaires, mais par une maladie critique de la Culture.


Francis P. Yockey, Imperium, pp. 369-375. Trad. Arjuna. Première édition en 1948; deuxième édition: Costa Mesa, CA: Noontide Press, 1962.

 

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