Henry Williamson : Le visionnaire de la Nature

Mark Deavin

Henry WilliamsonLe fait que le nom de Henry Williamson soit aujourd'hui si peu connu dans le monde blanc est un triste reflet de l'ampleur avec laquelle l'homme occidental s'est laissé déposséder de sa culture et de son identité au cours des cinquante dernières années. Jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, Williamson fut généralement considéré comme l'un des grands écrivains anglais de la Nature, possédant une capacité unique pour saisir l'essence et la signification essentielles du monde naturel dans toute sa variété et dans toutes ses formes. [Image : Henry Williamson.]

Son livre le plus célèbre sur la Nature, Tarka la Loutre, fut publié en 1927 et devint l'un des livres pour enfants les plus appréciés de tous les temps, avec ses descriptions vivantes de la vie animale et des régions boisées de la campagne anglaise. Il fut publiquement félicité par des figures célèbres de la littérature anglaise comme Thomas Hardy, Arnold Bennett, et John Galsworthy. Hardy qualifia Tarka de «livre remarquable», tandis que Bennett déclara qu'il était «merveilleux». Même T.E. Lawrence, également connu sous le nom de Lawrence d'Arabie, admit que «le livre m'a ému et m'a contenté profondément».

Tarka reçut le célèbre Prix Hawthornden de littérature en 1928, et attira finalement l'intérêt de Walt Disney, qui offrit une petite fortune pour acquérir les droits en vue d'un film. Williamson, cependant, craignait qu'un tel arrangement puisse compromettre son intégrité artistique, et il rejeta l'offre.

Soixante-dix ans après, cependant, Tarka, comme la majorité des livres de Williamson, est relativement inconnu et vient seulement d'être réédité. La raison: comme plusieurs autres grands écrivains européens, Williamson fut une victime de la Seconde Guerre Mondiale. Non seulement son message naturaliste était en conflit avec la culture matérialiste qui a envahi le monde occidental depuis 1945, mais il fut lui-même un combattant politique qui s'opposa activement à la guerre pour des raisons idéologiques.

Né à Brockley, au sud-est de Londres, en décembre 1895, Williamson fut éduqué à l'Ecole de Colfe's Grammar, à Lewisham. Il passa une grande partie du début de sa vie à explorer la campagne voisine du Kent, où son amour de la Nature et des animaux et sa conscience et sa sensibilité artistiques s'éveillèrent. Jamais satisfait avant d'avoir vu les choses par lui-même, il s'assurait toujours d'étudier les choses d'assez près pour saisir la lettre aussi bien que l'esprit de la réalité. Ceci lui permit de développer une capacité d'observation microscopique qui finit par dominer sa vie.

Williamson rejoignit l'armée britannique au début de la guerre en 1914 et combattit à la bataille de la Somme et à Passchendaele, où il fut sérieusement blessé. Ce fut cette expérience en tant que soldat de première ligne qui fut le moment de redéfinition dans sa vie et son développement artistique, stimulant en lui un effort faustien perpétuel pour éprouver et comprendre le «flux de la vie» imprégnant sa propre existence, et celle de tout.

Son développement spirituel continua après la guerre. En 1919 il lut pour la première fois le livre visionnaire L'histoire de mon cur, qui fut écrit par l'écrivain anglais de la Nature Richard Jefferies et publié en 1893. Pour Williamson, la découverte de Jefferies fut comme une libération de sa conscience, stimulant toutes les impressions passées de sa vie pour retrouver et révéler un être précédemment étouffé et recouvert. Ce n'était pas seulement un être individuel qu'il découvrait, cependant, mais un être racial dans lequel il commençait à reconnaître son existence comme n'étant qu'un maillon dans une chaîne éternelle qui se perdait dans les brumes du temps, et qui si cela était permis continuerait pour toujours.

Williamson percevait cette vérité dans son propre sentiment d'unité avec la Nature et l'Univers ancien, vivant, respirant, représenté par le soleil donneur de vie. Cela se reflétait aussi dans son idée d'union mystique entre la lumière éternelle du soleil et la longue histoire de la terre. Pour Williamson, l'ancienne lumière du soleil était quelque chose de «né en lui» et représentait la véritable signification de sa propre existence en illuminant son passé ancestral et en révélant la vérité de la rédemption par la Nature. Comme Jefferies avant lui, Williamson «parvenait à sentir la longue vie de la terre jusqu'au passé le plus obscur tandis que le soleil du présent me réchauffait ... Cette lumière du soleil me reliait à travers les âges à cette conscience passée. Dans tous les âges, mon âme désirait prendre cette vie de l'âme qui les avait traversés pendant que les rayons du soleil avaient continuellement trouvé une terre» [1].

Après la guerre, Williamson devint journaliste pendant un certain temps tout en commençant à travailler sur son premier roman, Les belles années (1922). Finalement il décida de rompre tout contact avec Londres et en 1922 emménagea dans un vieux cottage à Georgham, dans le North Devon, qui avait été construit à l'époque du Roi Jean. Vivant seul et à la manière d'un ermite au début, Williamson se contraignit à étudier la Nature avec les mêmes observations méticuleuses que Jefferies, parcourant la campagne et dormant souvent dehors. La porte et les fenêtres du cottage n'étaient jamais fermées, et son étrange famille de chiens et de chats, de mouettes, de buses, de pies, et une petite loutre, était libre d'entrer et de sortir comme elle le voulait.

Ce furent ses expériences avec la petite loutre qui poussèrent Williamson à écrire Tarka. Il l'avait sauvée après que sa mère ait été tuée par un fermier, et il lui sauva la vie en persuadant sa chatte de l'allaiter en même temps que ses chatons. Finalement la petite loutre fut domestiquée et devint la compagne inséparable de Williamson, le suivant partout comme un chien. Lors d'une promenade, cependant, elle marcha sur un piège à lapin, paniqua, et s'enfuit. Williamson passa des années à visiter les repaires des loutres dans les rivières Taw et Torridge, à la recherche de son petit animal perdu.

La recherche fut vaine, mais son contact intime avec le monde animal lui donna l'inspiration pour Tarka: «Le plus vieux et le plus grand de la portée était un petit chien, et lorsqu'il respira pour la première fois il faisait moins de cinq pouces depuis son nez à la racine de sa queue. Son pelage était doux et gris comme les bourgeons du saule avant qu'ils s'ouvrent au printemps. Il fut appelé Tarka, qui était le nom donné aux loutres de longues années auparavant par les hommes habitant dans des cercles de huttes sur la rive. Il signifie 'petit promeneur de l'eau' ou 'se promener dans l'eau'».

Williamson ne tenta jamais de porter un quelconque jugement moral sur la Nature et décrivit ses réalités évolutionnaires d'une manière rappelant celle de Jack London: «Il y a longtemps, quand les élans parcouraient la forêt à la montagne des Deux Rivières, les loutres avaient suivi des anguilles migrant des étangs et des marais jusqu'aux mers. Elles les avaient suivies dans les eaux peu profondes; et un vieux chien féroce avait couru dans l'eau si souvent qu'il nageait, et plus tard, dans sa grande faim, avait mis sa tête sous l'eau pour les saisir si souvent qu'il plongeait. D'autres loutres l'avaient imité. Les élans sont partis, et leurs os reposent sous le sable dans le charbon mou qui était une forêt au bord de l'estuaire, il y a des milliers d'années. Pourtant les loutres n'ont pas chassé dans l'eau suffisamment longtemps pour que l'habitude devienne un instinct».

Williamson récrivit en fait Tarka dix-sept fois, «toujours et seulement pour l'amour d'une plus grande vérité» [2]. Le simple raffinement pour la grâce et l'expression ou le style littéraire ne l'intéressait pas, et il essayait toujours d'illuminer une scène ou un incident avec ce qu'il considérait être la lumière du soleil authentique.

Il croyait aussi que l'homme européen ne pouvait être spirituellement en bonne santé et conscient de son destin qu'en vivant en étroite accord avec la Nature. Vers la fin de Tarka, par exemple, il décrit délicieusement comment «une libellule écarlate vrombit et s'élança au-dessus d'un massif de saules, observée par une fille assise sur la berge ... Jetant un coup d'il aux alentours, elle se rendit compte qu'elle seule avait vu la loutre. Elle rougit, et cacha ses yeux gris avec ses mèches. Depuis l'enfance elle avait marché le long des rivières du Devon avec son père, recherchant des fleurs et les nids d'oiseaux, passant devant quelques rochers et arbres comme devant de vieux amis, voyant un Esprit partout, attendrie à la pensée de tout ce que ses yeux voyaient».

La suite de Williamson à Tarka fut Salar le Saumon, qui était également le résultat de nombreux mois de recherche et d'observation intimes de la Nature dans la campagne anglaise. Ensuite vint L'hirondelle solitaire, La saga du pèlerin, La vie dans un village du Devon, et Un jet d'eau claire, qui, aux yeux de l'écrivain anglais Naomi Lewis, faisait preuve d'«une intensité cristalline d'observation et d'une utilisation irrésistible des mots, qui s'assortissent exactement avec le mouvement et la vie qu'il décrit».

Pour Williamson lui-même, cependant, ses histoires de la Nature n'étaient pas la partie la plus importante de sa production littéraire. Son plus grand effort alla dans ses deux groupes de romans semi-autobiographiques, la tétralogie rassemblée sous le titre de La trame des rêves , qui l'occupa pendant la plus grande partie des années 20, et la Chronique de l'ancienne lumière du soleil en quinze volumes, qui commença avec La lanterne obscure en 1951 et se termina avec La tempête du monde en 1969.

Les expériences de Williamson pendant la Première Guerre Mondiale l'avaient politisé pour la vie. Un catalyseur significatif dans ce développement fut la trêve de Noël 1914, quand les soldats britanniques et allemands de la ligne de front quittèrent spontanément leurs tranchées, abandonnèrent le combat, et se saluèrent ouvertement comme des frères.

Williamson parla plus tard d'une «compréhension soudaine et confuse, après la fraternisation du jour de Noël, que la guerre entière était basée sur des mensonges». Une autre expérience qui renforça cette croyance fut lorsqu'un officier allemand l'aida à dégager un soldat britannique blessé qui était pris dans des barbelés sur la ligne de front. Il put ainsi opposer ses propres expériences du temps de guerre à la propagande anti-allemande haineuse orchestrée par l'establishment politique britannique pendant et après la guerre, et il put reconnaître la faillite morale croissante de cet establishment. Du point de vue de Williamson, le fait que plus de la moitié des 338 parlementaires conservateurs qui dominaient la coalition au pouvoir en 1918 soit composée de directeurs de société et de financiers qui s'étaient enrichis avec les profits de guerre était moralement erroné et détestable.

Cette reconnaissance, en soi le reflet d'un sens déjà hautement développé d'altruisme, signifiait que Williamson ne pourrait jamais se contenter de s'isoler dans la campagne. Il devait agir pour tenter de changer le monde en mieux. Il n'est peut-être pas étonnant qu'il en soit arrivé à voir dans l'idée du national-socialisme une croyance qui non seulement représentait sa propre philosophie de la vie, mais qui offrait une chance de salut pratique pour la Civilisation Occidentale. Il la voyait comme évoluant directement à partir de la transcendance presque religieuse que lui et des milliers de soldats des deux camps avaient éprouvée dans les tranchées de la Première Guerre Mondiale. Cette transcendance entraîna la détermination que les deux «Géants Blancs» de Grande-Bretagne et d'Allemagne ne se referaient plus jamais la guerre, et elle ralluma un sens de parenté et d'unité raciales des peuples nordiques au-delà et au-dessus des classes et des loyautés nationales [3].

Par conséquent, non seulement Williamson fut l'un des premiers de la «génération Phénix» à jurer allégeance à Oswald Mosley et à la British Union of Fascists, mais il en arriva rapidement à croire que l'Allemagne nationale-socialiste, sous la conduite d'Adolf Hitler, montrait le chemin à l'homme européen. Williamson se sentait très proche de Hitler «le grand homme de l'autre coté du Rhin dont le symbole de vie est l'enfant heureux», le considérant comme un Phénix porteur de lumière sorti du chaos de la civilisation européenne pour apporter un millénium de jeunesse au monde occidental agonisant [4].

Williamson visita l'Allemagne en 1935 [*] pour assister au congrès national-socialiste à Nuremberg et y vit les débuts du «retour à la terre pour les héros» qui avait été faussement promis aux jeunes hommes de Grande-Bretagne pendant la Première Guerre Mondiale par les propagandistes de guerre du gouvernement. Il fut très impressionné par le fait que, alors que le peuple britannique continuait de languir dans la pauvreté et le chômage de masse, le national-socialisme avait créé du travail pour sept millions de chômeurs, supprimé la misère, libéré les fermiers des hypothèques qui étranglaient la production, institué des lois sur la conservation, et, le plus important, avaient développé en une courte période de temps un profond sens de la communauté raciale [5].

Constatant qu'ils basaient leurs vies sur une idée religieuse, Williamson pensa que les Allemands renaissaient avec une conscience spirituelle et une qualité physique qu'il avait lui-même longtemps recherchées. Il vit partout «des visages qui semblaient respirer plus d'oxygène; des gens libérés de la peur mentale» [6].

Dans le mouvement des Jeunesse hitlériennes, qui lui rappelait de tendres souvenirs de sa propre expérience de boy scout, il vit «la jeunesse misérable et pâle au regard torve transformée en jeunes hommes équilibrés, bronzés, à l'il clair, au pas ample et assuré».

Dans le mouvement de Hitler, Williamson reconnut non seulement une idée en accord avec le but supérieur de la Nature de créer l'ordre à partir du chaos, mais aussi le signe physique d'un élan vers le Divin. Influencé par son propre effort permanent vers la perfection, Williamson pensa que les nationaux-socialistes représentaient «une race qui se mouvait sur les pôles du plaisir mystique et sensuel. Chaque geste est un geste venant du sang, chaque expression une parole symbolique ... Tout vient du sang, des sens» [7].

Williamson crut toujours qu'une amélioration spirituelle ne pourrait survenir qu'à la suite d'une amélioration physique, et, comme son mentor Richard Jefferies, il était un ferme avocat de l'amélioration de la race par l'eugénisme. Il devait lui-même devenir ultérieurement le père de sept enfants, et il déplorait l'absence croissante de qualité raciale dans la masse de la population blanche. Il avertit que «l'idéal physique doit être fermement gardé à l'esprit» et appela à l'imposition d'une discipline et d'un système s'inspirant de la Sparte antique afin de le réaliser [8].

En 1936, Williamson et sa famille emménagèrent dans le Norfolk, où il se jeta dans une nouvelle vie de fermier, dont les trois premières années sont décrites dans L'histoire d'une ferme du Norfolk (1941). Mais comme les Juifs utilisaient de plus en plus l'Angleterre comme une base pour faire campagne en faveur d'une guerre contre l'Allemagne, Williamson resta très actif par son adhésion à la British Union of Fascists en promouvant l'idée de l'amitié anglo-allemande. Jusqu'à son internement en 1940, Williamson écrivit huit articles pour le journal du parti, Action, et des extraits de son livre Le progrès du patriote furent réédités treize fois. Il appela constamment à donner à Hitler «cette amitié qu'il méritait tant de la part de l'Angleterre», afin d'empêcher une autre guerre fratricide qui ne verrait que la victoire du Bolchevisme asiatique et l'asservissement de l'Europe. Le 24 septembre 1939, par exemple, il exprima sa conviction constante que Hitler était «déterminé à faire et à créer ce qui est juste. Il combat le mal. Il combat pour l'avenir».

Williamson considéra la déclaration de la guerre à l'Allemagne par la Grande-Bretagne et la France comme un acte malveillant d'un système étranger qui était déterminé à détruire les perspectives d'une jeunesse européenne renaissante et régénérée. Et son opposition continue à cela conduisit à son arrestation et à son internement en juin 1940, avec Mosley et des centaines d'autres. Sa libération ultérieure sur parole eut pour condition qu'il ne se livre plus à aucune autre action pour s'opposer à la guerre. Silencieusement, cependant, Williamson restait fidèle à ses convictions. Visitant Londres en janvier 1944, il observa avec satisfaction que la laideur et l'immoralité représentées par son quartier financier et bancaire «avaient été un peu diminuées par une catharsis de puissants explosifs» et quelque peu «nettoyées par le feu».

La défaite du national-socialisme du temps de guerre, cependant, porta un coup sévère à Williamson. Regrettant la lutte à mort des «nations cousines européennes», il déplora que «les espoirs qui ont animé ou agité ma vie pendant les derniers trente ans et quatre mois sont morts» [9].

En conséquence, son premier mariage se brisa en 1947, et il revint au North Devon pour vivre dans la cabane au sommet de la colline, qu'il avait achetée en 1928 avec le prix en argent de Tarka.

Mais ce n'était pas dans le caractère de Williamson d'abandonner ce qu'il savait être vrai et juste, et, comme son plus récent biographe l'établit clairement, il ne rétracta jamais ses idées au sujet de Hitler [10].

Au contraire, il continua à exposer publiquement ce en quoi il croyait, et il contesta énergiquement le récit historique d'après-guerre déformé par la propagande juive mensongère même si sa tentative entraîna, comme il le constata , son ostracisme littéraire permanent.

Dans La tempête du monde, le dernier livre de sa Chronique, publié en 1969, Williamson met en doute, à travers son personnage principal Phillip Maddison, la validité morale et légale des procès de Nuremberg. Entre autres, il se demande pourquoi les officiers alliés qui ont ordonné les bombardements incendiaires massifs de l'Allemagne, et les généraux soviétiques qui ont ordonné les viols et les meurtres de masse pendant la bataille pour Berlin, n'étaient pas jugés au procès; et si on apprendrait jamais que les trésors artistiques trouvés dans les mines de sel allemandes avaient été mis là uniquement pour être à l'abri des bombardements alliés. Il met aussi en doute la version officielle du dénommé «Holocauste», exposant sa conviction que plutôt que d'être le résultat d'un plan d'extermination de masse, les décès dans les camps de concentration allemands auraient été en fait causés par le typhus provoqué par la destruction de tous les systèmes d'équipement collectif par les bombardements alliés.

Dans le livre, Williamson réitère également sa conviction que Adolf Hitler ne fut jamais le véritable ennemi de la Grande-Bretagne. Et dans une scène, Phillip Maddison, conversant avec son amie Laura, se demande si ce ne sont pas la bonté et la droiture essentielles de Hitler qui furent responsables de sa chute au milieu du mal et de la barbarie:

Laura: «J'ai une photographie de Hitler avec les derniers de ses garçons fidèles en dehors du bunker à Berlin. Il a l'air épuisé, mais il est si doux et si gentil avec ces garçons de douze-treize ans».

Phillip: «Trop doux et trop gentil, Laura ... Maintenant les fidèles seront pendus».

Williamson resta aussi fidèle dans le domaine des idées et de l'action politiques. Quand Oswald Mosley revint à la vie publique en Grande-Bretagne en 1948 en lançant l'Union Movement, Williamson fut l'un des premiers à donner son appui à une idée qu'il avait longtemps embrassée: l'unité de l'homme occidental. Ecrivant un article dans le premier numéro du magazine du mouvement, The European, il appela au développement d'un nouveau type d'homme européen avec un ensemble de valeurs spirituelles qui seraient en accord avec lui et la Nature.

Une telle pensée positive et promouvant la vie ne fit pas aimer Williamson des puissances au pouvoir, dans le climat culturel gris et de plus en plus décadent de la Grande-Bretagne d'après la Seconde Guerre Mondiale. Ses livres furent ignorés, et sa réussite artistique demeura non-reconnue, le comité de l'université dont il était un bienfaiteur opposant même deux fois son veto à une proposition pour lui attribuer un doctorat honoris causa. Il est évident, en fait, que Williamson fut victime d'une campagne prolongée d'ostracisme littéraire par des gens à l'intérieur de l'establishment britannique qui pensaient qu'il devait être puni pour ses opinions politiques.

Pour Williamson, cependant, les machinations de gens insignifiants dans une époque insignifiante étaient sans importance; ce qui était important était d'être resté fidèle à lui-même aux yeux de la postérité, à ses ancêtres, et à la vérité éternelle qu'il reconnaissait et dans laquelle il vivait. En fait, comme un observateur le décrivit pendant ces dernières années, il restait «un homme maigre, vibrant, presque frissonnant avec ... des yeux brûlants, possédant une présence exceptionnelle [et une] admiration franche constante ... pour Hitler ... 'un homme grand et bon'.» [11].

Certainement, Williamson se connaissait lui-même, et il connaissait ce qui était nécessaire pour que l'homme occidental puisse se retrouver et accomplir son destin. Dans La tempête du monde, il cita Richard Jefferies pour souligner cette connaissance plus élevée avec laquelle il conduisit sa vie et avec laquelle il était convaincu que les générations futures devraient mener leurs vies afin d'atteindre les hauteurs que la Nature leur désignait: «Toute l'expérience de la plus grande ville du monde ne pouvait pas me retenir. Je la rejetais complètement. Je me tenais tête nue dans le soleil, en présence de la terre et de l'air, en présence des immenses forces de l'Univers. Je demande ce qui me rendra plus parfait maintenant à cette heure».

L'héritage artistique de Henry Williamson est durable parce que, comme un admirateur le dit lors de ses dernières années, son esprit visionnaire et ses efforts «furent près de trouver la clef de la vie elle-même».

Il mourut le 13 août 1977, à l'âge de 81 ans.

[1] Ann Williamson, Henry Williamson: Tarka and the Last Romantic (Londres, 1995), p. 65.

[2] Eleanor Graham, Introduction à l'édition de Penguin de Tarka la Loutre (1985).

[3] Higginbottom, Intellectuals and British Fascism (Londres, 1992), p. 10.

[4] Henry Williamson, The Flax of Dreams [La trame des rêves] (Londres, 1936) et The Phoenix Generation (Londres, 1961).

[5] Henry Williamson, A Solitary War (Londres, 1966).

[6] Higginbotham, opus cité, p. 41-42.

[7] J. W. Blench, Henry Williamson and the Romantic Appeal of Fascism (Durham, 1988).

[8] Henry Williamson, The Children of Shallow Ford (Londres, 1939).

[9] Higginbotham, op. cité., 49.

[10] Ann Williamson, op. cité, 195.

[11] Higginbotham, op. cité, 53.

[*] Il semble bien que le célèbre Lawrence d'Arabie ait lui aussi nourri une certaine admiration pour le national-socialisme. Lawrence était extrêmement populaire et Liddell Hart lui dit un jour qu'un grand nombre de citoyens britanniques souhaitaient le voir «dictateur d'Angleterre». Même s'il refusa de s'engager aux cotés de Mosley, il n'aurait peut-être pas vu d'un mauvais il son arrivée éventuelle au pouvoir. En 1935, un ami écrivit à Lawrence pour lui proposer de rencontrer Hitler. Lawrence répondit par télégramme qu'il en serait enchanté, et se tua en moto en revenant du bureau de poste, le 13 mai 1935. Comme celui de Patton dix ans plus tard, cet accident provoqua quelques spéculations. (NDT)


National Vanguard, No. 117 (1997), pp. 17-20. Trad. Arjuna.

 

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