Wagner et le multiracialisme

Irmin

Dans son analyse de la mise en scène par Nikolaus Lehnhoff de Der Fliegende Holländer (Le Hollandais volant), Michael Polignano remarque que «la profanation de Wagner ... est une sorte d'industrie dans l'Allemagne d'après la Seconde guerre mondiale». La récente version de Stuttgart de la Tétralogie de Wagner, disponible en DVD pour ceux qui veulent gaspiller de l'argent, fournit une bonne illustration. Ce qui suit est un extrait d'une présentation en ligne:
Dans L'Or du Rhin, les dieux ne montent pas au Walhalla, ils descendent au sous-sol. Dans la Valkyrie, Siegmund ne retire pas l'épée d'un arbre (il n'y en a pas), mais du corsage de Sieglinde, et on est gêné de les regarder agiter les bras et les jambes dans un accouplement simulé sur une table. Les Valkyries sont des cocottes avec des haut talons et des ailes en papier, et de temps en temps pendant la Chevauchée des Valkyries ce qui ressemble à une momie (représentant un héros mort) est traîné à travers la scène. A la fin de cet opéra, Wotan ne regarde pas Brünnehilde sauf par l'intermédiaire d'un téléviseur (qu'il utilise avec une télécommande) -- même si elle est juste en face de lui sur le niveau supérieur de la scène. Il n'y a pas de «feu magique», excepté cinq petites chandelles qu'elle allume elle-même. Dans Siegfried, après avoir regardé Mime se masturber dans la scène trois de l'acte un, le héros (qui a «Sieg Fried» imprimé sur son T-shirt) découvre Brünnehilde dans ce qui semble être une cuisine qui se trouve être équipée d'un lit. Comme tous deux ne sont pas de petits chanteurs, il est plutôt comique de regarder leur rituel d'accouplement, rappelant un documentaire de PBS sur le monde animal.
Les mises en scène de cette sorte sont habituellement entourées par un discours artificiel utile: elles sont mordantes, audacieuses, dérangeantes, innovantes, subversives, etc. Ces affirmations d'audace mordante sont évidemment fausses, mais il y a une bonne chance que les metteurs en scène anti-wagnériens les croient. Si vous imaginez un imbécile clownesque qui se considère à tort comme un artiste d'avant-garde, vous aurez saisi la personnalité profonde des profanateurs de Wagner comme Nikolaus Lehnhoff. Dans l'Allemagne moderne, une Tétralogie authentiquement wagnérienne serait véritablement audacieuse et subversive, puisque le principal but de tous les gouvernements allemands de l'après-guerre a été de dés-ethniciser et de dé-racialiser leurs citoyens. Comme les rappels artistiques de l'ancienne mythologie nordique pourraient potentiellement aboutir au résultat opposé, les anti-wagnériens dégradent ou excisent soigneusement le mythe nordique de Wagner. Ainsi dans L'Or du Rhin de Stuttgart, le Walhalla est situé dans un sous-sol, plutôt que dans le ciel, et les dieux entrent au Walhalla non pas en traversant un pont arc-en-ciel mais en descendant dans un vieil élévateur. Cette mise en scène n'est évidemment pas une modernisation dans le but de mettre en lumière les dimensions cachées du drame de Wagner; elle exprime une agression manifeste, une haine brûlante pour ce que représente la véritable Tétralogie.

BifrostPour la Tétralogie de Stuttgart, quatre équipes artistiques différentes reçurent la tâche de démolir un opéra selon leurs propres inclinations, et bien que chaque équipe produisit sa propre forme particulière de profanation marquée par des différences stylistiques significatives, une intense hostilité envers la mythologie de Wagner fut le trait qu'elles finirent par avoir en commun. Toutes arrivèrent indépendamment à la même attitude anti-mythologique dans leur dégoût. Comme le signale Polignano, les anti-wagnériens ne se lancent pas dans une profanation au hasard, puisque cette démythologisation agressive, pratiquée à des degrés divers par toutes les mises en scène anti-wagnériennes, est idéologiquement systématique. Tout ce qui semble menaçant pour l'Establishment allemand anti-national est une cible. La musique survit indemne, mais la mythologie wagnérienne qui la fondait autrefois est souillée ou éliminée dans des actes délibérés de nettoyage ethnique culturel. La prétendument «audacieuse» Tétralogie de Stuttgart n'est en réalité pas plus audacieuse qu'un tract antiraciste gouvernemental ou qu'un document administratif décrivant les changements dans le code des impôts. Tous sont des instruments du pouvoir d'Etat. [Image: une illustration traditionnelle de la Tétralogie, par Arthur Rackham.]

Dans le récit dystopien du futur de George Orwell, l'histoire peut être éradiquée par un programme d'oubli obligatoire orchestré par l'Etat, parce que l'histoire est intangible et incapable de se défendre elle-même. N'ayant pas d'existence solide, elle survit seulement dans les livres et dans la mémoire culturelle, et dans «1984» l'histoire peut être changée ou détruite par l'Etat totalitaire simplement en réécrivant ou en détruisant les livres dans lesquels elle est documentée, dans l'espoir que la mémoire disparaîtra bientôt et que de nouvelles mémoires pourront être artificiellement produites pour remplacer l'ancienne. Les ennemis du pouvoir d'Etat et de l'idéologie d'Etat peuvent être éliminés («vaporisés») de l'histoire, comme s'ils n'avaient jamais vécu, et le passé peut être continuellement remodelé pour servir les derniers objectifs politiques d'Ingsoc.

En pratique, cependant, les anti-racialistes ont généralement adopté une tactique différente, préférant creuser de vieilles formes, les vidant de leur contenu originel mais préservant une apparence dégradée des originales. L'intention -- contrôler le passé -- est la même, bien que la méthode soit différente. Il y a en fait certains monuments culturels, comme l'opéra wagnérien en Allemagne, qui ne peuvent pas être aisément éradiqués ou mis dans le puits de l'oubli. Bien que Wagner soit perçu par les Allemands anti-nationaux comme un vieil ennemi, et haï en conséquence, c'est un ennemi qui ne peut pas être oublié. Il occupe une position trop importante dans le panthéon musical du passé. Pour les multiracialistes dévoués, son art des plus menaçants doit donc être agressivement reproduit dans des parodies défigurées de sa vision originelle.

En pensant à ces parodies, il est difficile de savoir si la réponse la plus appropriée est la colère ou le rire. Des deux, cependant, je choisirais le rire. La haine du multiracialisme pour un compositeur d'opéras mort depuis longtemps doit sûrement indiquer de la faiblesse et de l'inquiétude. Si vous vouliez recruter une organisation révolutionnaire, les fans d'opéra relativement âgés seraient une pauvre classe à sélectionner. Cependant les multiracialistes allemands craignent manifestement les grosses dames avec des casques ailés jouant dans des opéras wagnériens traditionnels devant des audiences placides, parce qu'ils craignent tout ce qui conteste leurs dogmes. Une telle crainte ne traduit pas une vraie confiance. Les Allemands anti-nationaux ont littéralement peur des opéras.

Nulle part en Occident le multiracialisme n'a été présenté une seule fois comme un choix politique qu'on pourrait accepter ou rejeter. Il a au contraire été imposé à ses sujets comme un système moral, un système moral de plus en plus imposé par la force de la loi. Dans ce système, il y a de bons Blancs qui acceptent la diversité raciale et de mauvais Blancs (des «racistes») qui ne l'acceptent pas. Dans ce sens le multiracialisme est un totalitarisme idéologique, et il n'y a pas besoin de minimiser sa force actuelle. Le pouvoir qui peut envoyer des officiers de police se saisir d'un politicien britannique comme Nick Griffin, pour le crime verbal d'avoir critiqué l'islam, est un pouvoir physique réel. Le pouvoir qui peut larguer des bombes sur la maternité d'un hôpital serbe, pour guérir les habitants de leur intolérance, est un pouvoir physique réel d'un genre particulièrement sauvage. Les multiracialistes en Belgique peuvent criminaliser un parti politique nationaliste lorsqu'il devient trop populaire pour leur confort. Dans l'Allemagne démocratique, il y a aujourd'hui plus de prisonniers politiques en prison qu'il n'y en avait sous la RDA marxiste. En Amérique, une machinerie politiquement correcte conduite par les médias a réussi à stigmatiser quiconque diffère de l'orthodoxie invraisemblable du multiracialisme. Cela aussi est un pouvoir réel, bien que d'une variété moins tangible. Mais en dépit de tout ce pouvoir qu'ils exercent, les multiracialistes savent que la plupart des Blancs n'ont pas encore embrassé leur système moral. Toute suggestion qu'il existe des alternatives légitimes devient une source d'affreuse inquiétude. Les multiracialistes tentent d'empêcher leurs adversaires de parler parce qu'ils pensent que la plupart des Blancs seraient prêts à écouter ces derniers, et donc ils ont peur de tout, même des vieux opéras d'un hérétique mort, qui défie leur idéologie totalitaire.


Originellement publié sur National Vanguard.


 

Return to Main Index

Return to French Texts